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VISITE AU MUSÉE
PAR STÉPHANE KOUCHIAN
Détail - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016

« Barbie, visite au musée », nouveau projet de Stéphane Kouchian, sonne comme un slogan. Détournant la logique propre au coffret de la célèbre poupée, il en propose une version ré-actualisée à travers le prisme de sa pratique artistique. L’œuvre débutée en 2008 se compose, à la manière d’une panoplie, de trois coffrets contenant chacun plusieurs éléments architecturaux ou artistiques permettant de récréer un White Cube extrait d’un musée imaginaire et construit de toutes pièces. Dans cette salle de musée à échelle réduite, l’artiste s’approprie une icône et la confronte aux versions miniaturisées et muséifiées de ses propres œuvres.

Depuis la série de peintures Abécédaires, issues d’illustration provenant du jouet d’apprentissage de la lecture et de l’écriture School Day Desk de Fisher Price, jusqu’à Girafe sculpture monumentale d’un jouet Wakouwa (jouet en bois articulé, aussi appelé « push puppet » ) qui se retrouve ici réduite et réinjectée dans le domaine du jouet, les œuvres de Stéphane Kouchian forment d’emblée un corpus dont le point commun se situe dans un jeu d’aller-retour d’une échelle à une autre. Couleurs et matériaux identiques à leurs originaux, les miniatures minutieusement reproduites manuellement par l’artiste relèvent ici à la fois du savoir-faire et de l’art ; et créent des liens inattendus entre son travail et la mise en scène de celui-ci.

En effet, la plupart des œuvres de Stéphane Kouchian procèdent de l’agrandissement et du déplacement d’éléments de l’univers de l’enfance dans le champ de l’art. C’est notamment le cas d’une série de jeu de taquin aux formes minimales et couleures primaires, qui une fois agrandis, deviennent des abstractions géométriques dont chaque composition est le résultat de simples permutations. Enfin, les pots renversés de la série ACME, clins oeils aux cartoons de la Warner Bros et à leurs peintures à motifs ; que les personnages utilisent pour transformer un mur en tunnel ou recouvrir de motifs une surface d'un coup de pinceau.

panoplie complète sans boite - matériaux divers - dimensions variables - 2008-2016

Éminemment picturaux, les tableaux et sculptures de Stéphane Kouchian dialoguent ici avec Barbie, et avec les représentations sociologiques qu’elle véhicule dans son histoire, au sein d’un espace aussi répandu que connoté. Car détourner une icône telle que Barbie n’est pas anodin, et l’artiste l’utilise ici à la fois comme le symbole d’une forme de beauté hyper-normée et d’un american way-of-life persistant.

Kouchian ne s’est pas contenté de recréer un simulacre de situation dans laquelle Barbie évolue, il l’a également dotée d’une voix, celle de la doubleuse française officielle de la poupée avec qui il a collaboré en novembre 2014. Les phrases enregistrées, une trentaine au total, reprennent pour certaines des citations de Marcel Duchamp ou encore de Pablo Picasso, tandis que les autres, écrites par l’artiste, figurent des commentaires au ton acerbe, entre humour potache et érudition.

Détail - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016
vue d'ensemble sans boite - matériaux divers - dimensions variables - 2008-2016

Sortant du corps de la figurine, cette voix commente les œuvres accrochées dans le mini-musée, et les gratifie tantôt d’un « Andy doit se retourner dans sa tombe » tantôt d’un « C’est beaucoup mieux que Jeff Koons », jouant sur l’ironie entendue de telles affirmations. Barbie fut en effet l’ultime idole américaine représentée par Warhol dans un portrait de célébrité inspiré par BillyBoy, créateur et ami de l’artiste. BillyBoy créa à son tour en 1989, le concept de «fashion doll as art » avec la poupée Mdvanii (prononcez « Mid-vah-ni »), des poupées-œuvre d’art pour adultes dont pourrait aujourd’hui se réclamer la mise en scène sophistiquée de « Barbie, visite au musée ». En choisissant Barbie comme personnage principal de cette micro-fiction, Stéphane Kouchian surjoue la dimension théâtrale de son dispositif, rappelant également que dans l’antiquité grecque, les comédiennes ne pouvant monter sur scène étaient parfois représentées par des poupées appelées « plangon » — terme qui a donné son nom à la plangonophilie, l’acte de collectionner les poupées.

extrait video - poupée, module voix - 2008/2016
Détail - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016

Le spectateur est invité non pas à regarder Barbie, ou les œuvres miniatures elles-mêmes, mais plutôt une situation artificielle et didactique : nous voici en train de contempler une poupée en position de spectatrice d’œuvres d’art contemporain. L’artiste proposant tour-à-tour de s’identifier à la poupée, ou de regarder une situation qu’il a lui-même vécu et observé : comment regarde-t’on aujourd’hui l’art contemporain dans les musées ?

En convoquant l’univers du jouet, Stéphane Kouchian déploie au moyen d’une œuvre-objet, un questionnement autour de la transmission et de l’apprentissage, thème récurent dans son travail artistique. Pour mieux souligner le jeu d’échelle et la théâtralité de la mise en scène, les sculptures et peintures de Stéphane Kouchian sont alors à envisager comme des « images au carré » dont l’artiste exacerbe le potentiel pictural, de la même façon que la poupée peut être perçue comme la somme des stéréotypes qu’elle produit et véhicule. Il s’agit dès lors pour l’artiste d’interroger la prégnance de l’imagination dans notre rapport au réel.

Détail - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016

Barbie, Visite au Musée agit alors comme une œuvre questionnant à la fois la picturalité des œuvres de l’artiste et fonctionne comme un commentaire sur cette situation. Pour l’artiste, le recours à son propre corpus d’œuvres devient prétexte à donner au spectateur des clés de lecture sur les possibles définitions de l’art, tout en proposant une forme d’exposition rétrospective mobile, prétexte quant à elle à un regard englobant sur sa pratique. En transformant ce qui est habituellement un outil de préparation de l’exposition pour l’artiste ou le commissaire — la maquette de l’espace et les reproductions miniatures des œuvres — Stéphane Kouchian y introduit un élément perturbateur lui permettant de détourner l’outil en horizon de l’œuvre. La référence avouée à la pop culture lui permet de produire un discours sur la réception de l’art en dehors des espaces muséifiés, et dans ceux de la consommation culturelle de masse.

EC, janvier 2016.

Détail - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016
exemple de panoplie - matériaux divers - dimensions variables - 2008/2016
Toutes les pièces originelles sont visibles en visitant le lien ci-dessous :
www.stephanekouchian.com


CONTENU COFFRET I
girafe
back to spew
série abécedaire - 4 pièces
série cover-flow - 5 pièces
poupée barbie parlante
talons louboutin, sac
jean, débardeur
sol bois, sol brut
manuel
CONTENU COFFRET II
oups I did it again (ACME)
md industry (ACME)
noir sur fleur
noir sur fluo
noir sur vert
blanc sur bleu marine
manuel
CONTENU COFFRET III
le nécrophore (vie privée)
la lucane cerf-volant (vie privée)
la mouche (vie privée)
floritza
discowski
suicide
manuel

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PARUTION PRESSE
http://www.lesinrocks.com/2016/03/29/style/ny-echapperez-barbie-intello-11815179/

print - magazine Les Inrocks - 29 Mars 2016


Stéphane Kouchian - 2008/2016 - www.stephanekouchian.com - contact
Le logo Barbie est la propriété de Mattel. Il sert ici à illustrer le projet.